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En vertu des lois républicaines du 7 méssidor an II (25 juin 1794) et du 5 brumaire an V (26 octobre 1796), d’importantes archives namuroises, devenues propriété de l’État, furent rassemblées à Namur, en partie au siège de l’Administration départementale de Sambre et Meuse (l’ancien Palais épiscopal, aujourd’hui Palais provincial), en partie à l’Hôtel des Gouverneurs du comté (l’actuel Palais de Justice).
Des commissaires furent désignés, peu après, par le Directoire, puis le Préfet du Département de Sambre-et-Meuse, en vue d’assurer le tri des documents. Cependant, comme leurs travaux avançaient avec trop de lenteur (ce fut d’ailleurs le cas généralement partout), on y mit fin en 1802. La situation des archives namuroises ne devait guère subir de changements notables au cours des années suivantes.

En 1812, Dupré qui était employé des archives impériales à Paris, fut chargé de procéder à la visite et au tri des archives départementales et communales de notre pays et de dresser un inventaire sommaire des documents qui, à son avis, devaient être réunis, en raison de leur intérêt, aux Archives de l’Empire. Il était question, en effet, à ce moment, de la construction à Paris, d’un palais gigantesque destiné à recevoir toutes les archives de L’Empire français. Dupré passa à Namur où, le 23 décembre 1821, il adressa un rapport au sous-préfet du département de Sambre-et-Meuse. Les réclamations des autorités départementales et, sans doute aussi, la tournure prise par les événements politiques et militaires devaient finalement faire échouer la mission de Dupré. Les archives namuroises restèrent par conséquent à l’abandon et cette situation dura de nombreuses années encore.

Le 22 mai 1827, Gachard, le futur Archiviste général du Royaume, demanda au Gouvernement provincial des renseignements sur la situation et le degré d’avancement du classement des archives conservées dans les divers dépôts de Namur. Un rapport lui parvint trois mois plus tard, rempli d’inexactitudes et d’indications évasives. Le 28 octobre 1828, Gachard, en tournée d’inspection, vint à Namur où le Gouverneur le reçut. Le 27 février 1829, il devait envoyer à l’administration de l’Instruction publique, des sciences et des Arts, un rapport général sur les provinces de Liège, de Hainaut et de Luxembourg, rapport où il est dit, entre autres, que «le département de Sambre-et-Meuse, aujourd’hui la province de Namur, fut l’un de ceux où l’on s’occupa le moins des opérations prescrites par la loi du 5 brumaire an V pour le rassemblement des dépôts acquits à la République.»
Au lendemain de la Révolution de 1830, les études historiques prirent rapidement un essor considérable dans notre pays et un mouvement se dessina en faveur de la conservation et du classement méthodiques des archives, dont l’intérêt scientifique était enfin reconnu.
Au cours de ses nombreuses inspections, Gachard revint à Namur, quelques années plus tard, en 1833. Il visita les archives conservées au Palais provincial et au Palais de Justice. Le résulta de son inspection fut l’envoi, à Bruxelles, d’archives du Conseil provincial de Namur et d’institutions religieuses namuroises… sous prétexte qu’il n’y avait pas, dans la province de Namur, de dépôt organisé.

Les années passèrent et c’est seulement en 1842 qu’un effort sérieux fut entrepris pour mettre fin à l’état déplorable dans lequel se trouvaient les archives namuroises.
À ce moment, Namur comptait trois dépôts d’archives, mais qui n’étaient pas organisés de façon rationnelle: le dépôt des archives communales à l’Hôtel de ville, le dépôt du Palais de justice, qui comprenait la majeure partie des archives antérieures à 1794 réunies à la suite les lois françaises et qui était placé sous la garde du greffier du Tribunal de première instance de Namur, et enfin le dépôt du Palais provincial qui contenait principalement les archives religieuses saisies sous le régime français ainsi que les archives des administrations départementale et provinciale depuis 1794.

Sur les instances d’un jeune employé de l’administration provinciale, passionné d’histoire – Jules Borgnet (Namur, 16 novembre 1817-Namur, 22 octobre 1872) –, le Gouverneur et la Députation permanente de Namur intervinrent pour que l’on classât enfin méthodiquement, les archives namuroises dont personne, jusqu’alors, ne s’était occupé sérieusement. Le Gouvernement accorda dans ce but un subside à la Députation permanente et celle-ci, le 10 février 1843, chargea Jules Borgnet d’effectuer le travail qu’il avait souhaité. La nomination de Jules Borgnet fut ratifiée par le Ministre de l’intérieur le 25 février suivant et Borgnet entra en fonction, comme archiviste provincial, le 1er mars 1843.

De nombreuses tractations eurent lieu, ensuite, entre le Ministre de l’Intérieur, le Gouverneur de Namur et l’Archiviste général du Royaume Gachard au sujet de la création d’un dépôt d’archives bien organisé à Namur (comme il en existait déjà à Mons, Gand et Liège) et, enfin, par arrêté royal du 17 mars 1848, Jules Borgnet fut nommé Conservateur des Archives de l’État à Namur.
C’est au Palais de Justice que fut installé le premier dépôt des Archives de l’État à Namur. Les collections, placées sous la surveillance du Gouverneur, occupaient une grande salle au-dessus du greffe ainsi que les trois étages de la tour centrale, chaque étage se composant d’une grande salle et d’une pièce plus petite. À la suite d’un arrêté royal du 17 décembre 1851, les archives furent ouvertes au public une fois par semaine, le jeudi, de 10 à 14 heures…

Pendant quelque 25 années, Jules Borgnet qui assumait en même temps les fonctions de secrétaire de la jeune Société archéologique de Namur, ne cessa de déployer une activité considérable en faveur de son dépôt et son mérite fut d’autant plus grand qu’il travailla longtemps seul et dans des conditions matérielles que personne ne supporterait plus aujourd’hui. C’est seulement en 1864, quand Namur passa de la troisième à la deuxième classe des dépôts provinciaux, que l’on envisagea la désignation d’un employé (Alfred Lacour, nommé à titre définitif le 4 mai 1869 il devint conservateur adjoint par arrêté royal du 15 août 1884 c’était un négociant de Namur…).

Sous l’habile direction de Borgnet, les collections d’archives firent l’objet d’un premier inventoriage très soigné (en particulier les archives notariales) et s’accrurent rapidement de manière considérable grâce à des envois de documents effectués surtout par les Archives générales du Royaume, les Archives de l’État à Liège, l’Administration provinciale, diverses institutions et des particuliers. Malheureusement, les locaux étaient fort exigus, en sorte que la place disponible vint bientôt à manquer ils étaient, en outre, exposés dangereusement aux menaces d’incendie. Cette situation allait devenir de plus en plus préoccupante avec le temps.

Jules Borgnet mourut le 22 octobre 1872, à l’âge de 54 ans, laissant une œuvre archivistique et historique considérable et du plus haut intérêt. Il est peu d’archivistes provinciaux qui au XIXe siècle, ont joué un rôle aussi important que le sien et marqué aussi fortement les études de leur région.
Son successeur fut Stanislas Bormans (Hasselt, 2 février 1835-Liège, 15 novembre 1912), qui exerçait depuis 1857 les fonctions de conservateur adjoint au dépôt de Liège. Nommé à Namur le 23 janvier 1873, Bormans ne resta que quelques années dans cette ville. Un arrêté royal du 19 avril 1882 le désigna en effet comme conservateur du dépôt de Liège.

À Namur, Bormans poursuivit notamment le classement des archives scabinales et des archives ecclésiastiques et entreprit celui des procédures du Conseil provincial. Il s’intéressa également aux archives du Souverain Bailliage (cour féodale du comté de Namur) dont il analysa de nombreux registres. Signalons aussi qu’il fut chargé de l’inspection des archives communales de la province de Namur en vue principalement de recueillir des documents provenant des anciens greffes scabinaux.

Au départ de Stanislas Bormans, c’est Désiré Van De Casteele (Bruges, 23 mai 1830-Liège 1917) qui devint le troisième conservateur des Archives de l’État à Namur. C’était le fils d’un imprimeur brugeois dont le destin fut de passer la majeure partie de sa vie en terre wallonne. Après avoir été attaché aux Archives du Conseil des Flandres, à Gand, de 1871 à 1873, il fut nommé le 23 janvier 1873, comme archiviste adjoint du dépôt de Liège, puis, le 29 avril 1882, conservateur à Namur où il ne devait rester que trois ans. Le 20 juillet 1885, en effet, la direction du dépôt de Liège lui fut confiée.

L’activité de Van de Casteele à Namur ne fut pas transcendante. Il ne semble pas qu’il se soit soucié beaucoup de l’inventoriage très poussé des fonds d’archives namurois, s’intéressant surtout au dépouillement des protocoles de notaires dans le but de trouver des renseignements sur l’histoire de l’art et les anciennes industries d’art, sujet qui le passionnèrent toute sa vie. Mentionnons cependant qu’en 1884, Van de Casteele suggéra de transférer les archives du Palais de Justice à l’Athénée royal de Namur (l’ancien Collège des jésuites). À ce moment, en effet, il était question que la ville de Namur créât un nouvel Athénée, mais le projet fut vite abandonné.

En attendant, la situation des locaux d’archives au Palais de Justice de Namur empirait de jour en jour.

Léon Lahaye (Liège, 24 février 1857-Liège 7 mai 1943), qui succéda en juillet 1885 à Van de Casteele à la tête du dépôt de Namur, se trouva ainsi confronté avec de graves problèmes de place et de sécurité. En 1886, en effet, on décida d’agrandir et de restaurer le Palais de justice. Or les plans de l’architecte provincial Boveroule prévoyaient la démolition de l’aile du bâtiment où reposaient les protocoles de notaires et la majeure partie des archives religieuses et, de plus, ils enlevaient aux Archives la pièce du premier étage de la tour centrale contenant les archives du Conseil provincial et du Souverain Bailliage: au total 1.050 mètres de rayonnages étaient destinés à disparaître…
En compensation, on promettait pour les Archives une salle dans l’aile à construire, mais qui ne pouvait contenir que 700 mètres courants. Enfin les locaux existants des Archives devaient être réservés exclusivement à l’administration judiciaire qui cherchait à occuper le plus de place disponible, sinon à expulser du Palais de justice toutes les archives… avec les archivistes. Lahaye ayant protesté énergiquement, le Gouverneur de la Province proposa de transférer les collections dans une partie d’un vaste bâtiment qui avait été construit pour servir d’École normale mais ce projet n’eut aucune suite. Lahaye intervint à nouveau, en juin 1887, pour obtenir des locaux décents. Il fut aussi question, par la suite, d’un transfert des archives à l’Arsenal (près du Palais de Justice), d’achats de maisons place du Tribunal et rue Verte et même de la création d’un nouveau dépôt à l’avenue de Salzinnes. Le fond de l’histoire, c’était que l’État voulait faire retomber sur la Province de Namur tous les frais de construction de nouveaux locaux sous prétexte que la création d’un dépôt d’archives de l’État à Namur avait été demandée en 1843 par la Députation permanente de Namur! Le Gouverneur de Namur ne manqua pas évidemment de réagir.

Les travaux au Palais de justice commencèrent. En 1889, toutes les archives furent transférées dans les trois pièces de la tour centrale, ce qui provoqua la désorganisation complète des services. Le Conservateur, son adjoint et le public en furent réduits à travailler dans une seule pièce qui n’avait que 25 m2 et qui était déjà encombrée par la bibliothèque. Il était impossible de caser plus de 3 visiteurs simultanément.
C’est seulement en 1892 que les travaux prirent fin. Le 19 novembre de cette année, l’Archiviste général du Royaume, excédé, annonça au ministre de l’Intérieur que, si l’Administration provinciale refusait de remplir ses obligations, son département pourrait faire enlever les archives namuroises et les réunir à celles du Royaume, à Bruxelles. Ce projet de transfert se précisa bientôt, mais, en décembre 1892, Lahaye protesta à nouveau auprès de l’Archiviste général du Royaume, en attirant l’attention sur tous les inconvénients qui résultaient de l’envoi dans la capitale des archives namuroises, et aussi sur le préjudice que son personnel et lui-même ne manqueraient pas de subir.
Fort heureusement, le projet en question qui souleva une vive émotion dans les milieux namurois ne fut pas mis en exécution. En 1893, la Députation permanente vota les subsides nécessaires en vue de l’aménagement des locaux d’archives au palais de Justice et, l’année suivante, le dépôt fut l’objet de transformations sérieuses: une grande salle fut crée dans les greniers de la tour et une autre dans les dépendances de la façade. En 1895, le dépôt était complètement installé dans les nouveaux locaux et les divers fonds bien groupés. Une nouvelle période s’ouvrait dans l’histoire du dépôt de Namur.

Léon Lahaye avait finalement obtenu gain de cause. C’est grâce, en grande partie, à sa ténacité et son sens des responsabilités, que les archives namuroises ne prirent pas le chemin de la capitale.
Le successeur de Van de Casteele dirigea, pendant 21 ans, le dépôt de Namur avec beaucoup de bon sens et d’aménité. Ses inspections dans les communes de la province lui permirent de faire entrer au Palais de Justice quantité d’archives judiciaires et administratives. Lahaye obtint d’autre part de nombreux notaires la remise de leurs anciennes minutes. Il s’occupa spécialement des classements d’archives notariales, d’archives ecclésiastiques et des archives de la cour féodale de Poilvache. Avec son ami Henri de Radiguès, il entreprit et publia les analyses de centaines de dossiers constituant la correspondance du Conseil provincial et du Procureur général de Namur, source très importante pour l’histoire économique et sociale du Namurois à l’époque moderne.
Léon Lahaye cessa ses fonctions à Namur au mois de mai 1906 pour aller prendre la direction du dépôt de Liège. Il mourut à Liège, le 17 mai 1943.

Dieudonné Brouwers (Dison, 21 septembre 1874-Namur, 8 novembre 1948) lui succéda à Namur après avoir exercé (de 1898 à 1906) les fonctions d’employé puis de conservateur adjoint au dépôt de Liège.
Le dépôt de Namur doit à Brouwers d’importants accroissements d’archives parmi lesquels il convient de citer particulièrement: une grosse partie des archives anciennes de la ville de Dinant et les archives de la ville de Namur antérieures à 1815, qui sans ses interventions, auraient péri dans les incendies allumés par l’ennemi dans les deux cités mosanes les archives de l’Administration départementale de Sambre-et-Meuse (1794-1814) ainsi que celles de l’Administration provinciale de Namur sous les régimes hollandais (1815-1830) et belge (1830-1930) les archives des tribunaux de Namur et Dinant de 1796-1830 les collections presque complètes des registres paroissiaux conservés aux Greffes des tribunaux de Dinant et Namur de nombreuses archives notariales enfin les archives très précieuses de Cadastre (1796-1865).

Dès son arrivée à Namur, Brouwers acheva l’intégration des accroissements d’archives provenant des inspections faites par Léon Lahaye et procéda aux classements nécessaires dans la plupart des fonds. Il rédigea de nombreux inventaires sommaires d’archives: des États, du Souverain Bailliage, des seigneuries, communes et échevinages, des abbayes, cures et couvents, des registres paroissiaux, etc. Ces inventaires répondaient à une nécessité urgente, celle de savoir ce que pouvaient contenir, en gros, les fonds d’archives conservés dans les différents dépôts de l’État c’était une première étape, pratique, dans l’élaboration d’inventaires plus détaillés qui ne pouvaient être établis qu’après de nombreuses années d’un examen minutieux de tous les documents en particulier.
Très soucieux de la préservation et de l’enrichissement des collections qui lui étaient confiées, Dieudonné Brouwers poursuivit activement les démarches entreprises par les prédécesseurs afin de trouver pour son dépôt des locaux plus spacieux et à l’abri de l’incendie. Après une vingtaine d’années d’efforts, d’espoirs et de déceptions, il devait finalement obtenir satisfaction. Il existait, derrière la gare, un bâtiment inachevé depuis 1927, appartenant aux domaines, qui avait été construit pour servir… d’entrepôt frigorifique! Ce bâtiment, transféré, le 17 décembre 1927, par le Ministère des Travaux publics à celui des Sciences et des Arts, fut aménagé dans une certaine mesure par l’administration des Ponts et Chaussées et, au cours de l’été 1930, toutes les collections d’archives namuroises de l’État y furent transportées. C’étaient loin d’être la solution idéale… et on ne peut que regretter que l’État n’ait pas accepté, alors, comme, normalement, cela aurait dû se faire, la construction d’un nouveau bâtiment. Mais les archivistes namurois s’estimèrent déjà très heureux de pouvoir disposer, enfin, d’un bâtiment offrant 5.500m de rayonnages (8.000 m. actuellement) et de locaux spacieux pour l’époque, susceptibles de recevoir d’importants accroissements (devenus impossibles aujourd’hui, étant donné les masses considérables d’archives reçues depuis 1930).

D. Brouwers profita aussitôt de l’occasion qui lui était offerte pour organiser, dès 1930, avec son adjoint Ferdinand Courtoy, au premier étage de la conciergerie, un petit musée d’archives provinciales namuroises qui fut bien accueilli.
Brouwers ne devait pas terminer sa brillante carrière à Namur. Un arrêté royal du 15 décembre 1935 l’appela à occuper la place d’Archiviste général du Royaume laissé vacante par le départ de Joseph Cuvelier. Il n’oublia pas cependant sa bonne ville de Namur à laquelle il resta fidèlement attaché comme en témoigne la décision qu’il pris, en 1938, de renvoyer dans le dépôt qu’il avait si parfaitement dirigé durant 30 ans, le très riche chartrier des comtes de Namur qui, depuis quelque cent cinquante ans, reposait à Bruxelles et que les Namurois réclamaient, à juste titre, depuis longtemps. Mis à la retraite le 30 septembre 1939, D. Brouwers devait mourir à Namur, le 8 novembre 1948.

Au départ de Brouwers, ce fut son collaborateur Ferdinand Courtoy (Namur, 6 décembre 1880-Namur, 20 août 1970) qui lui succéda, par arrêté royal du 10 janvier 1936. F. Courtoy, qui était, depuis le 8 avril 1907, conservateur adjoint du dépôt de Namur, connaissait admirablement les archives namuroises. Son domaine de prédilection était l’archéologie et l’histoire de l’art où il excellait. Conservateur en même temps, à titre bénévole, du Musée archéologique de Namur, il exerça comme ses prédécesseurs, et en particulier comme Jules Borgnet un rôle prédominant au sein de la Société archéologique de Namur.
Tout au long de sa féconde carrière, Courtoy se consacra principalement au classement de l’important fonds du Conseil provincial de Namur (XVe-XVIIIe s.), s’attachant notamment à l’inventoriage minutieux de centaines de procédures. Les archives de l’Administration départementale de Sambre-et-Meuse, de l’Administration provinciale sous le régime hollandais et des domaines nationaux (1794-1868) furent l’objet, par ses soins, d’inventaires extrêmement précieux. Enfin, avec l’aide de son collaborateur Léopold Génicot, il rédigea le premier inventaire d’un fond de famille confié à son dépôt (de Gaiffier-de Levignen). F. Courtoy prit sa retraite en janvier 1946. Il mourut à Namur en 1970, à l’âge de 90 ans.

Son successeur fut Félix Rousseau (Namur, 14 janvier1887-Namur, 7 septembre 1981), qui exerçait depuis 1937 les fonctions de conservateur aux Archives générales du Royaume et qui avait travaillé au dépôt de Namur au cours de la première guerre mondiale. F. Rousseau s’est attaché en particulier à faire connaître et apprécier dans le grand public l’importance et la variété des collections d’archives namuroises. Grâce à ses démarches multiples, le dépôt s’est enrichi de fonds très importants, tel celui provenant de Corroy-le-Château (famille de Trazegnies et familles alliées) dont l’intérêt dépasse largement le cadre namurois. C’est également sous sa direction éclairée et avenante que le Musée des Archives fut, en 1950, transformé et agrandi pour la première fois. F. Rousseau prit sa retraite en janvier 1952. Il mourut à Namur dans sa 95e année.

À la retraite de F. Rousseau, la direction du dépôt fut confiée, par arrêté royal du 22 février 1952, à Jean Bovesse (né à Calais, le 22 novembre 1916), qui exerçait les fonctions d’archiviste à Namur depuis 1945. J. Bovesse s’efforça tout d’abord d’améliorer la situation matérielle du dépôt namurois, afin notamment de pouvoir accueillir et abriter convenablement les versements que l’exécution de la récente loi sur les archives (celle-ci fut promulguée en 1955) rendait plus volumineux et plus fréquents. Il obtint ainsi la réalisation d’importants travaux d’aménagement et de transformation les magasins entre autres virent leur capacité augmenter et furent dotés de l’électricité et du chauffage. L’effort consenti se révélant toutefois insuffisant pour faire face aux entrées d’archives et les possibilités d’extension étant quasi inexistantes, il opta enfin pour la seule solution valable: la construction d’un nouveau dépôt, dont le principe fut adopté en 1972. À l’heure actuelle, c’est-à-dire près de trente-cinq ans plus tard, cette solution reste valable… mais elle n’a toujours pas été réalisée.

J. Bovesse favorisa également le versement de nombreux fonds, procéda à l’intégration des accroissements ainsi récoltés ou de ceux provenant des inspections faites par les collègues du service d’inspection des Archives de l’État et inventoria lui-même plusieurs fonds, notamment l’imposant ensemble des fonds ecclésiastiques qu’il dota d’un inventaire sommaire général calqué sur celui qu’A. d’Hoop dressa pour les fonds homologues des Archives générales du Royaume. Comme son prédécesseur, il attachait une importance particulière au rôle éducatif des archives, dont il chercha à faire mieux connaître les richesses au grand public et tout spécialement au corps enseignant et aux étudiants. Il fut ainsi tout naturellement amené à réorganiser le Musée du dépôt, dont il fit un musée d’histoire provinciale basé essentiellement sur des documents d’archives -le premier créé en Belgique- et qu’il accompagna d’un catalogue (publié en 1971) très fouillé, d’une conception entièrement nouvelle et qui reste, aujourd’hui encore (le Musée fut démantelé en 1989 sur décision de l’Archiviste général du Royaume) un très précieux instrument de travail.
J. Bovesse, qui fut aussi chef du département Hainaut-Namur depuis 1970, fut admis à la retraite en décembre 1981.

C’est Cécile Douxchamps-Lefèvre (née à Etterbeek, le 19 mars 1924) qui lui succéda. En fonction à Namur en qualité d’archiviste depuis 1948, celle-ci devint chef du service d’inspection des Archives pour la Wallonie en 1969 pour réintégrer administrativement le dépôt namurois, d’abord comme chef de la section Namur en 1977, ensuite comme chef du département Hainaut-Namur par arrêté royal du 1er juin 1984.
C. Douxchamps-Lefèvre mena à bien le classement de plusieurs fonds importants: des fonds de familles, tels ceux de Corroy-le-Château, cité plus haut, et de Stassart-de Maillen, et des fonds d’institutions publiques, comme celui des métiers de Namur et surtout, celui du Conseil provincial de Namur (commencé par F. Courtoy) qu’elle dota notamment, pour deux séries précieuses totalisant près de 12.000 unités, d’inventaires analytiques. Dans des conditions de travail que la diminution constante de l’effectif et l’inadéquation des locaux disponibles rendaient et rendent toujours de plus en plus difficile, elle poursuivit l’aménagement des magasins et entama une réorganisation des collections et des bibliothèques. Elle ne ménagea pas non plus ses efforts pour faire progresser le dossier relatif à la construction d’un nouveau dépôt, dossier qui connut un coup d’éclat prometteur en 1983 (au moment du choix, suivi de l’achat d’un terrain dans l’agglomération namuroise) mais n’aboutit à aucune autre réalisation concrète. C. Douxchamps-Lefèvre prit sa retraite en avril 1989.

Depuis le mois de novembre de cette même année, la direction du dépôt namurois est assurée par Daniel Van Overstaeten (né à Bruxelles, le 4 avril 1939), d’abord archiviste à Tournai et ensuite aux Archives générales du Royaume, qui succéda à C. Douxchamps-Lefèvre comme chef du département Hainaut-Namur par l’arrêté royal du 30 octobre 1989. Celui-ci poursuivit, sans pour autant atteindre cet objectif, les démarches entreprises pour l’érection d’un nouveau bâtiment et fut le promoteur -il s’agit d’une première en Belgique- de l’archivage sur CD-ROM d’un fonds d’archives, en l’occurrence le chartrier des comtes de Namur. La création du département des Archives de l’État en région wallonne en 2001 amena D. Van Overstraeten à se consacrer entièrement à cette charge avant d’assumer comme Archiviste général du Royaume faisant fonction la succession d’Ernest Persoons jusqu’à son départ à la retraite.

André Vanrie fut nommé chef de section des Archives de l’Etat à Namur par arrêté royal du 7 janvier 2001. Il assuma cette fonction jusqu’à son départ à la retraite le 1er juin 2005. Emmanuel Bodart lui succéda en tant que chef de service.


Source: J. Bovesse, Un centre de recherches historiques : le dépôt des Archives de l’État pour la province de Namur. Dans: Annales de la Société archéologique de Namur, t.49, 1957-1959, p. 85-160, illustr. + 1 carte (tiré à part, complété par des renseignements d’ordre pratique = p. 160-161) (J. Bovesse), Archives de l’État dans les provinces. Aperçu des fonds et collections. T. II: Les provinces wallonnes, Bruxelles, 1975, p. 221-320.

 
Laatst geupdate ( Wednesday 20 June 2007 )
 
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